Aller-retour entre passé et présent, questionnement sur la transmission d’une histoire familiale broyée par la grande Histoire, ce solo, interprété par son auteur, tisse deux voix d’aujourd’hui, celle du petit-fils et celle du grand-père avec une voix d’hier, celle de l’enfant caché puis ballotté de home en home. Ces voix s’entremêlent, se complètent ou se démentent, sous le regard totalement démuni de la mère, qui ne peut jouer qu’un rôle muet dans ce passage de relais. Texte et interprétation : Laurence Sendrowicz-Salah - Mise en scène : Nafi Salah Musique originale : Yaacov Salah - Costumes : Méïr Salah - Lumière : Pascal Noël Durée du spectacle : 1 heure

Contact Compagnie Bessa : Martine Moreau, 06 73 54 43 36 email : compagniebessa à free.fr

Spectacle référencé sur le site de Citizenkid.com
Présentation du projet

Parce qu’il nous semble urgent qu’émergent des voix différentes, celles d’une génération qui ne commence qu’aujourd’hui à comprendre de quel traumatisme elle est issue, parce que, aussi, ces voix, qui oscillent - toujours en équilibre instable - entre embarras, rire et larmes mais veulent à tout prix éviter les clichés et le pathos, nous avons décidé de nous lancer dans l’aventure qu’implique la création d’un texte sur un sujet aussi dangereux (dans tous les sens du terme) que la transmission de la Shoah - et d’en faire une entreprise familiale.

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Les Cerises au Kirsch est un texte écrit pour un seul jeune comédien qui interprète quatre rôles, les trois membres d’une même famille : le grand-père, la mère, le petit-fils et un quatrième personnage qui évolue au cours du spectacle : le grand-père enfant puis adolescent.

Le spectacle est produit par la Compagnie Bessa, fondée en 2005 et qui a produit Que d’espoir, cabaret de Hanokh Levin mis en scène par Laurence Sendrowicz au théâtre de la Tempête.

La pièce

Mickaël, jeune garçon de 17 ans, aimerait bien faire un vrai spectacle de stand-up... si ce n’est qu’il est, sans en avoir vraiment conscience, dépositaire d’une histoire familiale dont il ne peut pas se débarrasser. La preuve : il monte sur scène affublé d’une mère qui pleure tout le temps, et d’un grand-père, orphelin de la guerre, qui ne cesse de répéter que son histoire n’est pas une histoire triste...

Questionnement sur la manière dont s’est transmis le traumatisme, aller-retour entre passé et présent, le spectacle se tisse avec deux voix d’aujourd’hui, celle du petit-fils (troisième génération), celle du grand-père (première génération) et une voix d’hier, celle du grand-père enfant, qui retracent, sous forme de dialogues réels ou imaginaires, l’itinéraire chaotique de deux petits garçons juifs (le grand-père et son petit frère) cachés à partir de 1942 à Bruxelles. Deux gamins qui apprennent à tracer leur chemin envers et contre tout et croisent de nombreux personnages, une dame protestante, un boulanger compatissant, des moniteurs, plusieurs directeurs de homes, certains merveilleux, d’autres aussi incompétents que religieux...

Ces voix s’entremêlent, se complètent ou se démentent parfois, sous le regard totalement démuni de la mère (deuxième génération), qui ne peut jouer qu’un rôle muet dans ce passage de relais.

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Extrait

Mon passé a le goût sucré de l’alcool qui se répand sur la langue. Il y en a dont la mémoire est beaucoup plus amère

Note de l’auteur, Laurence Sendrowicz

En juillet 1942, mon père et son frère étaient cachés par leurs parents chez une dame à Bruxelles. Commence alors pour eux un périple qui ne finira jamais. Ils sont, comme des milliers d’autres, comme les 450 enfants belges rassemblés dans les homes de l’A.I.V.G (Aide aux israélites victimes de la guerre) en 1945, les «orphelins de la solution finale». Pourtant, lorsqu’on l’interroge, mon père affirme que son histoire n’est pas une histoire triste. « En 1942, dit-il, personne n’aurait misé un sou sur le fait que je devienne grand-père un jour ». Il est devenu grand-père.

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Les cerises au kirsch, c’est le premier souvenir d’Anvers qu’il m’a raconté alors que nous nous promenions dans l’ancien quartier juif de la ville. Nous en avons achetées. Le goût n’était plus le même, bien sûr, mais il s’en est délecté... moi, j’ai eu du mal à les avaler, ces cerises...

À travers mon cas personnel, j’ai voulu, dans ce texte, m’interroger sur la transmission familiale du plus grand drame collectif de l’Histoire contemporaine et sur la manière dont nous pouvons, voulons, refusons, nous, deuxième génération, laisser les traces de toutes les histoires individuelles qui le composent et nous composent.

Dès que j’ai commencé à dérouler les événements, à essayer de glaner de vraies informations, ce sont surtout les trous noirs qui m’ont prise à la gorge. Certes, j’ai toujours su que les parents de mon père étaient morts à Auschwitz, mais qu’est-ce que ce savoir, sinon un effroyable vide couvert d’une horreur indicible... L’essentiel reste et restera sans réponse.

J’ai donc décidé d’essayer de combler le vide par mes propres moyens. D’oser inventer une histoire qui ne collerait pas obligatoirement à la réalité des faits mais irait chercher une autre vérité, là où la mémoire se démarque de la conscience.

N’étant ni sociologue ni psychologue, je n’ai pas cherché à bâtir ou démontrer une quelconque théorie, mais simplement à apprivoiser un peu de l’incompréhensible en racontant avec mes moyens le parcours de vies marquées à jamais. De cerner par des voix ce nœud d’angoisse et de bonheur qui, bien avant et bien au-delà des mots, a été, à mon insu, transmis à mon fils.

Extrait

Moi, à deux ans, tout à coup, j’ai lancé à ma mère : « Les parents de pépé ont été tués ». Vous vous rendez compte ? J’avais que deux ans ! Mozart composait de la musique à cinq ans, et ben moi, à deux ans j’ai dit : « Les parents de pépé ont été tués », ça m’est venu, comme ça, tout naturellement.(…) Il paraît que ça passe dans les gènes… N’importe quoi… n’empêche, on l’a vraiment échappée belle.

Note du metteur en scène, Nafi (Naftali) Salah

En entendant pour la première fois Laurence Sendrowicz me lire son texte, j’ai tout de suite su : elle devait incarner les personnages à qui elle avait donné vie par ses mots. Après des années où j’ai choisi de m’écarter de la mise en scène au profit des arts plastiques, je n’y serais pas revenu si je n’avais vu dans Les Cerises au kirsch, interprété par son auteur, la possibilité de faire naître sur une scène quelque chose qui participe de la transmission d’un monde intérieur, d’une histoire personnelle heurtée et hantée par la grande Histoire ; une course pour la survie vers et avec le public. Que ce soit à travers le théâtre ou la peinture, tel est le matériau qui a toujours nourri ma démarche.

Ce texte, Laurence Sendrowicz n’a pu l’écrire qu’en imaginant un comédien très jeune, seul sur scène, petit-fils qui incarnerait les générations précédentes. La tension générée entre cette vision première et la réalité du plateau à laquelle, devenue comédienne, elle se trouve soudain physiquement confrontée est pour nous une expérience unique. Bien que posant des problèmes non négligeables, cette distorsion constitue aussi un ferment qui nous permet, ensemble, d’explorer des directions qu’auteur, elle n’avait pas imaginées. Il m’est aussi arrivé de la renvoyer à sa table. Cet exercice d’équilibriste entre jeu et écriture, est un processus qui, en soi, nous intéresse autant l’un que l’autre. Depuis des années en effet, nous nous questionnons, chacun avec son mode d’expression propre, sur cette étrange alchimie qui aboutit à la création d’une œuvre, que ce soit à travers des mots, des images ou d’autres formes...

Esthétique & Scénographie

Modelage des différents personnages : - à partir d’une seule et même comédienne non grimée, arriver à différencier avec un minimum d’artifices voire aucun chacun des protagonistes de cette histoire, leur donner un caractère propre tout en s’écartant du réalisme - travail sur le passage d’un personnage à l’autre sans perdre le fil narratif - interrogation permanente sur la distance à laquelle maintenir l’histoire racontée et/ou commentée

Recherche du langage théâtral - construction d’une esthétique, qui, après différentes explorations, s’oriente vers une économie maximale, le but étant de faire re-surgir sur scène un monde à partir du néant, avec toute la subjectivité que cela implique, à l’instar de l’auteur qui a fait ressurgir sur le papier une histoire dont les trous noirs, les absents et les absences, ont été comblés par l’imagination. - Les trois moments de narration sur lesquels s’articulent le texte - le dialogue avec le public, le présent des trois générations, le passé du grand-père et de son frère de 1942 à 1952 - seront donc principalement signifiés par des éléments intangibles tels que la lumière et la musique - élaboration d’un échange suffisamment communicatif, voire ludique, pour qu’une parole singulière, rencontre de la petite histoire avec la grande Histoire - la Shoah, sujet rebattu et pourtant loin d’être épuisé- , puisse être entendue aujourd’hui..

CV Laurence Sendrowicz - Auteur et Comédienne

Cerisesaukirsch_presse-DSC_4830.jpg Née en 1958 à Paris, Laurence Sendrowicz quitte la France pour Israël en 1975. En 1976, elle entre à l’école supérieure de théâtre de Nissan Nativ, à Tel-Aviv. De 1979 à 1988, elle travaille comme comédienne au théâtre et au cinéma. En 1983, elle écrit les sketches d’un spectacle de cabaret politique, Tirez pas, je suis pacifiste, monté théâtre Beith Lessin (Tel-Aviv). En 1984, elle intègre comme comédienne la compagnie du Théâtre haNoded à Jérusalem, dirigée par Nafi Salah et montera dans ce cadre plusieurs de ses textes. En 1988, elle rentre en France, passe un an au CNSAD et, tout en poursuivant son travail d’écriture dramatique, elle commence à traduire de la littérature et du théâtre.

À partir de 1991, elle entreprend la traduction du théâtre de Hanokh Levin, qu’elle contribue à faire connaître et à diffuser dans les pays francophones. En 2005, elle a mis en scène au théâtre de la Tempête (Paris) Que d’Espoir !, un spectacle de cabaret qu’elle a adapté à partir de textes courts et de chansons de Hanokh Levin.

Elle est l’auteur de Versus ou l’Histoire clarifiante de la famille Eglevau, mise en scène Bruno Netter, th. du Chaudron, 1990 ; Vendu, mise en ondes Roland Manuel, France-culture 1991 ;Echec et Mat, mise en scène I. Weingarten, th. Beith Lessin, Tel Aviv 1992 ; Comme un Tango, mise en lecture Laurence Sendrowicz, th. des Cinquante 1999; Grand Hôtel d’Argentine', 2004 ; Emile et Sam (anciennement Emile et Raoul) 2008, lecture au marathon des auteurs, dec 2009.

En 2008, elle obtient le soutien de la fondation Beaumarchais pour Les Cerises au kirsch, qui a fait l’objet d’une lecture publique au Théâtre du Ring (Avignon).

CV Nafi (Naftali) Salah - Metteur en scène et Plasticien

Né au Kurdistan irakien, Nafi Salah immigre à l’âge de deux ans à Jérusalem avec sa famille. Après une enfance dans un quartier difficile, il choisit de rejoindre un kibboutz à l’âge de 14 ans. Il y restera jusqu’à ses 18 ans. C’est là qu’il s’initie au théâtre en participant aux spectacles montés par l’atelier théâtre du kibboutz Beit-Oren. Il entame une carrière d’acteur puis de metteur en scène au début des années 70 et est l’un des fondateurs du théâtre de Quartiers en Israël, un théâtre fondamentalement social, tourné vers des jeunes en difficulté. C’est avec eux qu’il représentera Israël en 1974 au festival Interdrama de Berlin. De 1977 à 1980, il vit au Canada (Toronto), où il suit les cours de cinéma et d’arts plastiques au Ontario Collège of Art. De retour à Jérusalem en 1980, il est sollicité par différents théâtres à Jérusalem et Tel-Aviv et choisit en parallèle à ses mises en scène professionnelles, de continuer à travailler au sein de populations spécifiques. Au cours de ces années-là, il fait plusieurs séjours à New York, durant lesquels il approfondit sa connaissance de l’art africain et travaille, au sein du projet English through Drama avec des groupes de Sud-Africains noirs subissant alors la loi du régime d’apartheid. Il commence aussi à exposer à Jérusalem. En 1983, il fonde sa propre compagnie, le Théâtre haNoded, basée à Jérusalem et, dans ce cadre, montera des spectacles qui seront tous des créations originales. En 1988, il quitte Jérusalem pour Paris, où il se forme à la technique de la gravure. Son installation en France correspond aussi à un tournant dans sa vie d’artiste, puisqu’à partir de ce moment, il décide de se consacrer totalement à la peinture.

Les Cerises au Kirsch marque son retour au théâtre.

Mises en scène : 1974 - Jeunesse Mécanique – création collective du Théâtre des quartiers – représente Israël au festival Interdrama (Berlin) 1975 - Temps partiellement nuageux – création collective du Théâtre des quartiers – créé au théâtre de Jérusalem puis tournée en Israël jusqu’en 77. 1980 - Cercle Fermé – création collective du Théâtre des quartiers – créé au Théâtre Khan de Jérusalem puis repris au théâtre Beith Lessin de Tel-Aviv. 1981 - Je suis Kurde – créé au centre communautaire du Kastel - projet au sein de la communauté kurde d’Israël – tournée en Israël jusqu’en 84 1983 - L’angoisse du temps – de A.B. Yeshua adapté par Moshé Salah – 1er prix du festival de Saint-Jean d’Acre 1984 - Shem – de N. Salah – créé au théâtre Pargod de Jérusalem, repris au Théâtre haSimta de Jaffa et tournée en Israël 1985 - Le Royaume de David - de Yéhouda Burla, adapté par Moshé Salah - Théâtre pour la jeunesse sous la direction d’Orna Porat 1986 - Finie la saison des oranges – (co-écriture) – Invité hors compétition au festival de Saint-Jean d’Acre - reprise au théâtre Khan de Jérusalem. 1987 - La raison du plus fort – d’après La Fontaine, adapté pour jeune public par Laurence Sendrowicz – théâtre Pargod de Jérusalem puis tournée en Israël.

Divers : 1980-1982 – professeur de théâtre et formation d’éducateurs de théâtre du Projet Mamila soutenu par la municipalité de Jérusalem. 1981 - D’homme à homme – spectacle conçu et mis en scène par Ronit Haham où Nafi Salah interprétait le rôle de sa propre mère - 3ème prix du Festival de Saint-Jean d’Acre 1981 1983 – 1988 – participation en tant qu’acteur dans divers longs métrages de cinéma et de fictions de télévision (dont : Au-delà des murs de Ouri Barabash, nommé aux Oscars du meilleur fils étranger en 1984)

Depuis son arrivée en France, Nafi Salah s’est principalement consacré aux arts graphiques et, après plusieurs expositions dans des galeries parisiennes et une en Corée, il expose en permanence dans son atelier-galerie, Cours Damoye (Paris XI)