D’origine populaire, Carlos Andreu Sancho, après l’école primaire à l’âge de 9 ans se retrouve chez les salésiens et loin des siens car on affirme à ses parents qu’il est bon élève et qu’il pourra devenir un avocat, ou un ingénieur… et le voilà enfermé pendant neuf mois de l’année pendant 7 années ! Lui, catalano-parlant, doit s’adapter à n’étudier que en castillan et aussi, comme pour tous les autres internes il doit dire au-revoir au monde féminin pendant 7 ans ! Il s’en sortira par le football devenant le capitaine de l’équipe et par une pratique qu’il ignorait auparavant, celle d’écrire de la poésie ! Et ceci lui donna la force nécessaire pour décider à l’âge de 14/15 ans de ne plus confesser et donc de ne pas communier ! Révolte extraordinaire que celle-ci pour un blanc bec, fils de migrants aragonais mais catalano-parlants et formidables chanteurs et danseurs de la jota aragonaise avec son père à la guitare !


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Après des études accélérées de droit, une fois le diplôme en poche et le service militaire enfin terminé, il dit à ses parents qu’il part en France pour apprendre la langue car il faut au moins en pratiquer deux ou trois si l’on veux réussir dans la vie et… le voilà à Paris, où il abandonne le droit à jamais, en suivant un cours d’art dramatique au Théâtre de la Ville tout en continuant à écrire de la poésie en castillan… une poésie imitée des classiques espagnols. Mais… un jour de retour dans la famille, il découvre à Barcelone un livre de poésie du péruvien César Vallejo qu’il lit d’une traite dans le train de retour à Paris et qui le secoue et l’atteint profondément ! A tel point, que, en arrivant dans la piètre pièce de « La Mouffe » ou il crèche, il détruit toutes ses poésies ! Quel soulagement ! Car ce vidage le libère de tout formalisme classique et désormais, la sienne poésie à lui, fera son apparition ! Mais on ne vie pas matériellement de poésie, c’est connu ! Et, courageux, avec une guitare de son père, il se mettra à chanter des chansons connues de tout le monde comme : « Cuando sali de la Havana, valgame Dios… » ou le « Porompompero ! » dans les queues des cinémas du Quartier Latin, qui lui, m’avait bien accueillit ! Et c’est la poésie et la vie en liberté qui, peu à peu, le séparent à jamais de ces pauvres entéléchies, de tout ce fatras religieux et violent de l’Espagne franquiste ! Il est enfin libre !
Au début il chante des chansons de variété s’accompagnant à la guitare mais c’est le chant des peuples d’Espagne, le chant juif des ladinos qu'il a entendu à Istambul et les chants de lutte de l’Amérique Latine et le flamenco profond qui tous l’appellent… Mais voilà que le théâtre s’en mêle ! Il le travaille jour et nuit lui aussi et il finira par écrire une pièce longue, longue et avec beaucoup d’acteurs, une pièce de théâtre dont le sujet est la guerre civile espagnole placée dans le format et la dureté du Via Crucis, pièce que pas mal de metteurs en scène ont voulu monter mais le problème était qu’il fallait disposer d’une grande salle avec une grande scène… et presque une vingtaine d’acteurs ! En attendant, la pièce fait son chemin et gagne le prix « Gibert Jeune » qui consiste en une somme d’argent mais pas de monter ou éditer la pièce ! Pourtant la pièce avait gagné le prix devant 102 concurrents ! Malheureusement personne ne réussira à la monter.
Mais voilà Mai 68 qui vient pour secouer la France ! Situation qu'il vivra intensément et dès lors il se sent français et s’implique dans les mouvements soisantehuitards, activiste dans la Butte aux Cailles et dans le local du 28 de la rue Dunois ! Puis, dans la foulée, viendra le mouvement magique du Larzac, grâce auquel, il fera connaissance avec François Tusques, le fondateur de « L’Intercommunal Free Dance Music Orchestra », qui l’invite à chanter d’une toute autre façon, c’est à dire, en improvisant ! Et, après un long chemin, les voilà ici, encore tous les deux sur scène, pour un mini concert après la présentation du documentaire : « Carles Andreu, voyage sur le fil de l’art… » produit par Xavier Lavant et réalisé par le jeune cinéaste Christophe Lucas !